Après deux journées de compétition sur la nouvelle piste de Mentougou, il est temps de laisser parler les chiffres.
Comme après chaque grande échéance internationale, BMX STATS s’est penché sur les données de cette Coupe du Monde pour essayer de comprendre ce qui s’est réellement passé sur la piste. Chronos, écarts, performances des différentes catégories… son décryptage permet d’aller au-delà du simple classement et de mettre quelques chiffres sur les sensations observées pendant ces deux journées.
Une analyse particulièrement intéressante à Mentougou, où la technicité du tracé, les différentes lignes et la capacité des pilotes à conserver leur vitesse semblent avoir créé des écarts parfois surprenants.
Alors, qui était réellement le plus rapide ? Où se sont faites les différences ? Et que nous apprennent les chronos sur cette nouvelle piste chinoise ?
BMX STATS nous propose son décryptage de ces Round 5 et 6 de la Coupe du Monde.
Joshua Jolly a t il réalisé le meilleur début en coupe du monde Elite?
Troisième le samedi. Vainqueur le dimanche. Pour sa toute première manche de Coupe du monde chez les Élites, Joshua Jolly termine sur le podium, soit le meilleur résultat que nous retrouvons pour une première course Elite dans notre base couvrant les Coupes du monde depuis 2008. Impressionant mais à remettre dans le context, Sam Willoughby avait gagné sa premiere finale de coupe du monde à 18 ans et Connor Fields était monté sur le podium à 17 ans…Une autre époque me dirait vous.
Mais au-delà du résultat, c’est surtout la manière dont Jolly construit ses courses qui change radicalement entre les deux journées et “sa complétude” que les données mettent en avant. Le samedi, sur ses cinq tours, il gagne neuf places nettes entre le Start et l’arrivée : +3 entre le Start et turn1, +3 entre Turn1 et Turn2 et +3 entre Turn 2 et Turn 3. Sa finale en est l’exemple parfait : encore 7ème à l’entrée du Turn 1, il remonte jusqu’à la troisième place.
Le dimanche, le scénario est complètement différent. Josh expliquera après sa victoire que ses gates avaient été bien meilleures. Les chronos permettent de préciser ce qui a réellement changé. Son temps moyen au Start s’améliore, mais assez peu : 2,548 s le samedi contre 2,534 s. Et ce n’est clairement pas la meilleur moyenne mais c’est loin d’etre aussi la pire.
En revanche, entre le Start et Turn1, il gagne en moyenne 0,119s. Et surtout, sa position moyenne à Turn 1 sur l’ensemble des tours passe de 4ème à 1,8. Le contraste est spectaculaire : il gagne cette fois 15 places dans la journée dont 12 places entre le start et le turn 1. Bilan du week end 24 places gagnées, record du week end. En demi-finale le dimanche, tout s’aligne : 2,515 s au Start, 4,658 s entre le Start et Turn 1 et 31,059 s sur le tour. Ce n’est donc pas seulement son start qui s’est amélioré d’une journée à l’autre. C’est surtout sa capacité à transformer son start en position de course avant le premier virage. Et sa vitesse sur le reste de la piste le rende ensuite très difficile à battre. Une explication sur cette amelioration en 1ere ligne? Surement en lien avec le fait qu’il ait pu garder la 1 depuis les 1/8emes de finales.
Le samedi, Jolly devait encore construire ses courses après le Turn 1. Le dimanche, l’essentiel du travail était déjà fait.

22,7 ans — La nouvelle génération n’attend plus
Mentougou prolonge également une tendance qui se dessine depuis le début de la saison : les podiums Elite Men rajeunissent.
L’âge moyen du Top 3 est passé de 28 ans lors de la première manche de Sarrians à 22,7 ans lors de la manche 5 de Mentougou, le podium le plus jeune de la saison jusqu’ici.
Sur les six manches : 28,0 → 26,7 → 24,0 → 25,0 → 22,7 → 24,3 ans.
La diminution n’est évidemment pas parfaitement linéaire, mais la tendance générale est nette. La nouvelle génération ne vient plus seulement chercher une place en finale chez les Élites. Elle monte sur les podiums. Et désormais, elle gagne. Et Evan Oliveria en est un des symbols avec déjà 3 finales dont 2eme place.
Et la suite va être passionante : Joris Daudet et Romain Mahieu montrent qu’ils sont encore parmis les plus rapides, certains temps des essais et de segments en course le confirme meme si les resultats ne sont pas à la hauteur. Peut etre juste en manque de rythme de competition?
0,031 s — Les U23 sont déjà là
Un dernier chiffre résume peut-être à lui seul ce renouvellement générationnel observé à Mentougou. Meilleur chrono de Joshua Jolly chez les Elite Men : 31,059 s. Meilleur chrono de Mathis Jacquet chez les U23 : 31,090 s.
Écart : 31 millièmes de seconde.
Évidemment, comparer les deux meilleurs tours ne signifie pas que le niveau global des deux catégories est identique. Mais 31 millièmes restent 31 millièmes. Et lorsque ce chiffre s’ajoute au rajeunissement des podiums, tous ces indicateurs commencent à raconter la même histoire.
La nouvelle génération n’est plus simplement aux portes des Élites. Sur un tour, certains roulent déjà à leur vitesse. Est ce que le fait de décourvrir une nouvelel piste pour tout le monde y est pour quelque chose? A verifier sur les 2 prochaiens manches….
Une nouvelle piste, qui ne condamne pas les extérieurs au Turn 1
À première vue, Mentougou semble pourtant favoriser fortement les gates intérieures. Une premiere ligne plutot courte que l’on peut rapprocher de pistes comme Sarrians, Glascow, ou Tulsa.
Chez les Elite Men, les pilotes partis des gates 1et 2 atteignent le Top 2 à l’entrée du Turn 2 dans 61,4 % des passages : Mentougou 61,4 %, Glasgow 59,8 %, Sarrians 60,1 %, Tulsa 67,5 %.
Mais la particularité de Mentougou apparaît lorsqu’on regarde l’autre extrémité de la grille.
Depuis les gates 7et 8, la probabilité d’être malgré tout dans le Top 2 à l’entrée du turn 2 change la donne : Mentougou 16,7 %, Glasgow 6,1 %, Sarrians 5,2 %, Tulsa 2,0 %.
L’intérieur reste donc clairement avantageux. Mais contrairement à certaines pistes comparables, partir à l’extérieur ne condamne pas nécessairement la course dès le premier virage. Mieux si on regarde les pilotes partie des gates 7 et 8, qui sont dans le Top 2 à l’entrée du Turn 1, 72% sont encore present dans le Top 2 à l’entrée du Turn 2. Donc le premier virage est à la fois favorable aux gates intérieures mais ne tuent pas les gates extérieures. Peut etre aussi que la longueur des suats en 2eme ligne droite y est pour quelque chose…
Autre fait majeur : on a vu des chutes impressionantes mais le taux de DNF par tours n’est au final pas très élevé pour les Elites hommes : Mentouglou a le 7eme taux le plus élevé sur 13 depuis 2023. Pourtant il y a eu beaucoup de changements de positions sur la premiere moitié de piste comme souvent.
En tout cas une analyse complete sera bien méritée.
Zoé Claessens : une victoire alors que la course semblait déjà écrite
La finale du dimanche de Zoé Claessens constitue probablement l’une des performances les plus atypiques du week-end. A l’entrée du Turn 1, elle est 4ème, puis 2eme à l’entrée du Turn 2. À l’arrivée, elle gagne. Pris isolément, le scénario est déjà remarquable. Replacé dans l’historique récent de la Coupe du monde féminine, il devient exceptionnel.
Depuis 2022, c’est la seule gagnante de notre base qui n’était toujours pas en tête à la sortie du premier virage. Et depuis 2021, seule 3 Elite femme ont gagné sans etre en tete à l’entrée du turn 1 : Judy Bauww, Laura Smulders et maintenant Zoe Claessens.
Laura Smulders montre qu’elle sait se réinventer
Avec Laura Smulders, il serait facile de parler de victoires, de podiums ou de longévité. Mais chaque manche de coupe du monde efface le record precedent.
Mais les données 2026 montrent quelque chose de potentiellement plus important pour la suite de la saison: son start revient à son meilleur niveau. Sur ses cinq finales disputées en 2026, Laura Smulders a signé deux fois le meilleur Start. Sur ses 14 finales disputées entre 2023 et 2025, cela ne lui était arrivé qu’une seule fois. Alors que sa position moyenne au Start en finale s’était nettement dégradée ces dernières saisons : Entre 4.2 et 5.5 de 2023 à 2025. En 2026 sa position Moyenne revient à 2,6 – presque au niveau de 2021.
Et c’est particulièrement intéressant chez Laura, car comme on vient de le voir, elle possède historiquement une qualité assez rare : elle n’a pas besoin de mener à Turn1 pour gagner. Depuis 2021, elle compte sept victoires en Coupe du monde sans être premiere à l’entrée du Turn 1, davantage que n’importe quelle autre Elite Women sur au moins les 5 dernieres années.
Vous en voulez plus : ELLE N’A JAMAIS ETE DOUBLÉE QUAND ELLE ARRIVE 1ERE A L’ENTRÉE DU TURN 1 EN FINALE.
Laura Smulders savait déjà gagner sans prendre immédiatement le contrôle de la course. Si elle recommence en plus à sortir devant, l’équation devient beaucoup plus compliquée pour ses adversaires. C’est probablement la marque des grands champions savoir se renouveller.
Les Français dégainent toujours aussi vite
Les chronos du Start confirme une tendance déjà bien installée cette saison : les Français sont omnipresents parmis les meilleurs starters.
Depuis le début de la saison, en Elite men, les Français occupent en moyenne 47.9% des 8 meilleurs starts du jour. Sur la 6eme manche de Mentouglou c’est 62.5%. Et sur les 2 manches : 7 pilotes passent sous la barre des 2.5secondes au start : Arthur Pilard 4 fois avec le meilleur temps du week end en 2.481s, Jeremy Rencurel 4 fois également, Evan Oliveira et Edgars Langmanis 3 fois, Kamren Larsen 2 fois, Joris Daudet et Romain Mayet 1 fois.
Et Pierre Geise tout proche en U23 avec 2.501s. Mais un bon start ne vaut que s’il est confirmé ensuite, ce qu’ont très bien réussi Jeremy Rencurel et Arthur Pilard ce week end.
Une nouvelle vague Lettone chez les Elites men
6 Lettons engagés sur le round 5.
Mais surtout Kristers Apels atteint la demi-finale pour la 2eme fois en 2026. La derniere fois qu’un Letton avait attaint ce niveau remonte à …. 2021. Et surtout plusieurs autres pilotes atteignent les quarts : Noa Rafaels Laake, Edgars Langmanis (impressionant au start), et Martins Emils Treimanis atteignent les quarts.
La Lettonie a déjà produit de grand pilote, mais elle s’était un peu mise en sommeil ces dernières années. Elle présente une vague de jeunes talents prometteurs. Ce n’est pour le moment qu’un signal qui reste à surveiller…
Mentougou, au-delà des résultats
Joshua Jolly a complètement changé la façon dont il construisait ses courses en vingt-quatre heures. Les gates extérieures ont mieux résisté à la bataille de Turn1 qu’à Glasgow, Sarrians ou Tulsa. Zoé Claessens a gagné une finale depuis une position que presque aucune gagnante récente n’avait réussi à renverser. Laura Smulders semble retrouver une arme qui lui avait largement échappé ces dernières saisons. 31 millièmes seulement ont séparé les meilleurs chronos U23 et Elite, la moyenne d’ge du podium Elite men rajeunit et la Lettonie donne des indicateurs d’un retour au premier plan avec une jeune generation qui arrive.











