Interview – Mathis Ragot Richard à Brisbane

À moins d’un an des Championnats du monde BMX Race 2026, Brisbane commence déjà à attirer les regards. Pendant que l’événement se prépare en coulisses, certains pilotes ont fait le choix d’anticiper. C’est le cas de Mathis Ragot Richard, qui a passé quelques temps là-bas pour s’entraîner au cœur de la future terre d’accueil des Mondiaux.

Ambiance, conditions de roulage, niveau local, premières sensations sur la piste qui accueillera l’élite mondiale en 2026… Mathis nous livre son ressenti. Une immersion rare et précieuse, auprès d’un des pilotes les plus techniques (si ce n’est le plus !) du circuit mondial.

Pour commencer, peux-tu te présenter rapidement pour les lecteurs d’ERA BMX ? 

Je suis Mathis Ragot Richard, j’ai 27 ans, je suis champion d’Europe élite 2025, et je roule pour Inspyre BMX et la DN1 BMX Besançon WORK4CAD.

Combien de temps es-tu resté à Brisbane ? 

Je suis arrivé le 12 janvier, et je suis rentré le 1er février, donc une durée totale de 3 semaines sur place.

Pourquoi avoir choisi Brisbane pour t’entraîner à ce moment de la saison (piste, météo, riders présents, world 2026…) ? 

Le choix de Brisbane s’est fait en vue des Championnats du monde. Je réfléchissais à partir quelques semaines dans l’hémisphère sud en fin d’année dernière, et Brisbane remplissait tous les critères. Avoir l’opportunité de s’entraîner sur la piste qui accueillera la plus grosse course de ma saison, s’entraîner dans de meilleures conditions météo qu’à la maison, avoir deux trois fast guys sur la piste en même temps que moi et avoir un cadre de vie assez cool. Brisbane réunissait tous les critères, plus on a déjà fait une coupe du monde en 2024 donc cela simplifie un peu l’organisation d’avoir déjà passé un peu de temps sur place.

Avec qui es-tu actuellement à Brisbane (pilotes, staff, entraîneur… tout seul !) ? Est-ce que tu roules avec des pilotes locaux ou internationaux ? 

Je suis allé avec Mitchel Schotman, 7ème mondial élite en 2025. C’était cool de pouvoir être deux élites, de pouvoir combiner nos sessions et passer du temps ensemble sur la piste. On a roulé la plupart du temps sur des créneaux ouverts, donc tu payes et tu roules, et j’ai eu l’opportunité de rouler avec Romain Mahieu et Hugo Marzalek plusieurs fois, Joris Daudet, puis quelques élites Australiens.

Comment s’organisent tes journées type entre entraînements, récupération et vie sur place ? 

Les journées ont été plutôt simples, l’objectif en trois semaines c’était de passer un maximum de temps sur la piste, profiter des conditions et de tourner ce bloc d’entraînement autour de cela majoritairement. La chaleur était un facteur à prendre en compte dans la construction des journées, c’est assez compliqué de rouler plus de deux heures et de passer la journée en plein soleil à la plage. Donc c’était plus entraînement, et récupération et quelques sorties café et chill sur des temps un peu plus off. Mais honnêtement, on n’a pas fait grand-chose à part rouler, s’entraîner, manger et se reposer.

Comment décrirais-tu l’ambiance BMX ici, aussi bien sur la piste qu’en dehors ? Comment fonctionne le club de Brisbane ? Est-ce semblable à une organisation club que l’on peut connaître en France ? 

L’ambiance est globalement cool, les gens sont vraiment avenants, ils nous ont aidés autant qu’ils pouvaient et certaines personnes ont vachement facilité nos trois semaines sur place. Après si on parle de haut niveau, c’est assez compliqué de rouler avec les locaux, l’équipe nationale a des sessions qui ne sont pas vraiment partagées avec les pilotes étrangers, et chacun roule un peu dans son coin. C’est aussi pour cela que c’était cool d’avoir des élites européens / Français sur place beaucoup plus ouverts à rouler ensemble. Après je pense qu’il faut se rendre compte de la chance que l’on a en France sur l’organisation des clubs. J’ai beaucoup voyagé dans le monde, et il n’y a vraiment qu’en France où cela fonctionne de cette manière. Ici, en Australie, de ce que j’ai vu et compris, c’est beaucoup plus privé, il n’y a pas de coach de club à proprement parler. Sans parler des élites, les pilotes ont un coach qui s’occupe de louer et offrir ses services. Pour les sessions auxquelles on a pris part, tu payes tu roules, mais il n’y a aucune structure, les grilles sont allumées, et c’est tout. Aucun coach / entraîneur du club présent sur place. La plupart des pilotes sont livrés à eux-mêmes, et font d’ailleurs majoritairement des départs (en tout cas sur les sessions ouvertes de Sleeman). Par exemple la session du jeudi soir à Brisbane c’est 130 pilotes de tout âge ensemble sur la piste. Alors pour le coup plutôt bien cadrée parce qu’il est quand même possible pour moi de m’entraîner normalement, et les pilotes qui roulent sur la butte à 8 peuvent passer sur le côté pour faire leur départ (cela représente 5 % des pilotes présents sur la session).

Après je pense qu’il faut se rendre compte de la chance que l’on a en France sur l’organisation des clubs.

Tu as roulé sur la piste qui accueillera les Mondiaux 2026 : quelles sont tes premières impressions et qu’est-ce qui la rend particulière (rythmes, virages, enchaînements, vitesse) ? 

J’avais déjà roulé en 2024 et mon impression n’a pas changé. Cette piste fait partie des 5 meilleures pistes au monde selon moi. Le rythme est cool, la surface de la piste roule super vite et bien sous toutes les conditions météo, les enchaînements sont un peu différents de ce qu’on trouve d’habitude, c’est technique. Donc moi j’apprécie vachement ce type de piste, où tout est bien fait, et il y a différentes options.

Quelle serait la piste en France qui ressemble le plus à celle de Brisbane ? 

C’est dur de la comparer à une piste française, le revêtement est vachement atypique, c’est une espèce de colle / soil tac qu’ils peuvent utiliser en Australie grâce aux conditions météo chaudes tout au long de l’année, si j’ai bien compris. Mais niveau technique, cela peut ressembler à un mélange de Saint Quentin en Yvelines, Stuttgart. C’est rapide mais aussi exigeant, la course ne s’arrêtera pas en fin de première ligne.

As-tu un peu roulé également sur la section Challenge ? Comment la trouves-tu ? 

Oui j’ai roulé sur la piste challenge, pas beaucoup mais quand même assez pour en parler. Honnêtement c’est pareil que la piste supercross, c’est technique, rapide et il y a vraiment moyen de faire la différence. La troisième est vachement technique et pas mal de sommets, la deuxième ligne est assez haute, il y a des belles relances dans les virages mais pas énormément de pédalage dans les lignes droites, et c’est exigeant jusqu’à la ligne d’arrivée. La première ligne ressemble à une première ligne classique, le premier module est assez plat mais le reste de la ligne est similaire à la nôtre et cela reste rapide. La piste est dans un dénivelé négatif (4 m il me semble) et c’est aussi ce qui la rend rapide.

À combien estimes-tu d’heures de riding sur la piste depuis que tu es sur place ? Tu en connais les moindres recoins ? 

Oui j’en connais les moindres recoins, l’objectif comme je l’ai dit, c’était de rouler le plus possible. J’adore ça en plus, j’adore vraiment faire du vélo, donc quand tu es sur une piste comme cela c’est dur de dire stop. J’ai roulé une petite trentaine d’heures en trois semaines, j’en ai profité un max. Après c’est moi je suis comme ça, je suis un passionné de ce sport, mais aussi de sa pratique (ndlr : et ça se voit !).

Est-ce que tu vas changer certaines choses dans ton entraînement après avoir roulé ici ?

Non pas vraiment, l’objectif du mois de juillet ce sera d’arriver en forme, d’avoir fait un bon mois de juin / juillet et d’être bien dans mes baskets. Le reste c’est Vincent Pelluard qui s’en occupe.

Quelles sont les étapes avant d’être sélectionné en équipe de France pour Brisbane ? Est-ce que ta finale de l’an dernier à Copenhague te qualifie d’office ? 

Pour nous en élite, c’est top 16 au classement de la coupe du monde ou finale sur une manche de coupe du monde. Ces résultats me permettraient d’être sélectionnable et non pas sélectionné. Quand on connaît le niveau en France, pour être en équipe de France il faut viser des podiums en manche de coupe du monde et être le mieux classé possible.
Pour ma part, j’ai une place individuelle grâce à mon classement UCI de la saison dernière, chaque pilote du top 8 mondial à l’issue de l’année civile se voit attribuer une place hors quota des nations. Donc pour la France par exemple, le pays a 5 places, mais Arthur Sylvain, Eddy et moi-même avons une place individuelle. Donc 9 au total, mais si l’un de nous ne peut pas y aller pour X ou Y raison, cette place ne peut pas être attribuée à quelqu’un d’autre. Et cela n’assure pas une place au sein de l’équipe, mais je devrais pouvoir y aller en individuel quoi qu’il arrive. J’étais déjà à mes frais (hors équipe) à Valmiera et Copenhague la saison dernière. De plus cela reste au bon vouloir de la DTN de remplir tous les quotas et d’envoyer tout le monde.

Quand on connaît le niveau en France, pour être en équipe de France il faut viser des podiums en manche de coupe du monde et être le mieux classé possible.

Si tu devais résumer Brisbane en un mot ou une phrase, ce serait quoi ? 

C’est dur de résumer en un mot, mais c’est un voyage de fou. Les championnats du monde en Australie, la ville est vraiment agréable, la Gold Coast n’est pas loin, la piste est top, ça promet une expérience de vie unique pour tous ceux qui auront la chance d’y aller.

Un conseil pour les pilotes européens qui viendront découvrir la piste d’ici 2026 (hébergement, contact, etc…) ?

Tout est à une vingtaine de minutes, le coin Logan n’est pas très loin de la piste et pas trop loin du centre, cela permet de ne pas payer le péage tous les jours. Mais cela reste une ville agréable et simple à vivre avec pleins de choses à proximité (toutes les infos sur les Worlds 2026 dans l’article mis à jour régulièrement à retrouver ICI).

Un dernier mot pour les lecteurs d’ERA BMX ? 

Merci à ERA BMX de m’avoir donné la parole, de mettre en lumière le BMX, et de permettre d’avoir de l’actu, des news et tout un tas de choses à disposition. C’est vraiment cool que d’anciennes légendes du sport, comme toi et Moana (Bikeground Podcast… Pour s’abonner c’est par ICI) se bougent pour donner un minimum de crédit à tout ce qui tourne autour de ce sport de fou. Je souhaite une bonne saison 2026 à tout le monde, n’oubliez pas de kiffer un max sur le vélo parce que c’est bien ça le plus cool et on a tendance à l’oublier.

Un énorme merci à toi Mathis… On espère que vous aurez apprécié cette interview. Rien à voir avec Brisbane, mais on vous laisse avec deux vidéos de Mathis que l’on adore ici chez ERA BMX :
– la première ligne en finale Europe 2025 : pas un seul coup de pédale après la première bosse… et ça finit par un holeshot. La technique a fait la différence.
– un édit made in Mathis qui résume bien la qualité des contenus qu’il peut vous proposer sur les réseaux.

3 commentaires

  1. Super pilote, humble et magnifique à voir rouler. Croisé aux Grands, abordable et particulièrement sympa. Bonne chance pour ta saison 💪🤞👍

  2. […] Mathis Ragot Richard nous offre une fois de plus une Masterclass avec cette vidéo. N’oubliez pas d’aller jeter un œil à l’article sur les championnats du Monde 2026 pour retrouver toutes les infos importantes… et (re) découvrez l’article interview que l’on avait fait il y a un petit mois sur Mathis ICI. […]

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