À seulement 18 ans, Evan Oliviera a déjà vécu ce que beaucoup poursuivent toute une carrière : enfiler le maillot arc-en-ciel. Sacré champion du monde junior 2025 au terme d’une saison marquée par une grave blessure en mars — au point qu’on lui évoque la fin du BMX à l’hôpital — le Français a transformé l’épreuve en moteur.
Fils de Régis, ancien pilote motocross et BMX, frère de Nathan avec qui tout a commencé à la piste de Cernay, Evan incarne ce lien fort entre héritage old school et BMX moderne ultra-structuré. Entre souvenirs de son premier SE Bikes Mini Ripper, rivalité fraternelle devenue entraide, ambition assumée pour les JO 2028 et une détermination sans faille, il se livre pour vous sur ERA BMX.

Ton père Régis est un ancien pilote motocross et BMX, ça a dû peser dans la balance
Oui, c’est clair que ça a joué dans la balance, mais pas seulement dans le choix du sport. Encore aujourd’hui, il sait ce qu’il faut faire et ne pas faire pour y arriver. Il a beaucoup sacrifié depuis qu’on est petits, avec mon frère, pour qu’on puisse en être là. Au début pourtant, il ne voulait pas nous emmener de lui-même dans le BMX : il tenait à ce qu’on fasse notre propre choix. C’est finalement un ami à lui qui lui a dit de passer nous faire essayer à la piste de BMX de Cernay, et c’est comme ça que tout a commencé.
Tu te souviens de ton tout premier vélo ? C’était quoi, et quel âge tu avais ?
Oui je m’en souviens très bien, c’était un SE Bikes Mini Ripper et j’avais 6-7ans
Ta première course, tu t’en rappelles comment ?
Ma première course c’était à St-Avold en 2014, si je me souviens bien j’avais dû faire 6 en finale c’était une course du championnat Grand-Est.
Ton père a connu une autre époque du BMX. Qu’est-ce qu’il te raconte qui te paraît aujourd’hui complètement différent de ton quotidien ?
Sa façon de s’entrainer vraiment différente d’aujourd’hui, les pistes qui ont complètement évolué, les grilles de départ à plat et manuelle, les pistes. Les aides qu’on a et tout ce qui est mis en place pour qu’on y arrive avec la fédération, les clubs, les sponsors et ça fait que de s’améliorer et c’est ça qui est top.
Est-ce que tu te sens héritier d’une culture BMX un peu old school ?
Oui sûrement, j’ai été entrainé principalement par mon père jusqu’à être en cadet, qui lui a connu cette époque.



Si tu pouvais modifier une règle ou un élément dans le BMX en tant que sport pour le rendre encore meilleur, qu’est-ce que ce serait ?
Qu’on ait un vrai championnat sur les plus grosses piste du monde entier comme en MXGP ou MotoGP, ou avec des pistes conçus spécialement pour la course comme il y a en Supercross sur le championnat US.
Avec ton frère Nathan, ça a commencé comment le BMX ? Rivalité ou juste plaisir de rouler ensemble ?
On a commencé ensemble en même temps, juste plaisir de rouler ensemble, parce que petit, il était meilleur que moi, moi c’était surtout du kiff de rouler, lui gagnait des courses, moi je galérais à sortir des manches en poussins.
Aujourd’hui, votre relation sur la piste, elle est comment ? Vous vous poussez, vous vous protégez, un peu des deux ?
On se pousse je dirais, j’essaye de l’aider du mieux que je peux, de lui donner les meilleurs conseils pour qu’il progresse au mieux, et que son travail acharné paye.

En mars, tu te blesses. À quel moment dans la saison tu as senti que le maillot arc-en-ciel redevenait atteignable ?
Je n’ai jamais vraiment arrêté de penser au maillot, il m’avait dit à l’hôpital que le BMX c’était fini, que c’était un peu un miracle que je ne sois pas tétraplégique, mais malgré ça à aucun moment j’ai douté. J’ai continué de travailler avec Thomas en faisant ce qu’on pouvait et je pense que le fait de croire à une guérison plus rapide c’est ça qui m’a fait guérir plus vite !
Mentalement, qu’est-ce qui a été le plus dur dans cette période : la douleur, l’attente ou le doute ?
L’attente, et le fait d’être assisté en permanence. Les premières semaines avec le corset pour me réveiller le matin, j’avais besoin de quelqu’un pour m’aider et pareil pour me coucher le soir, pour me laver j’avais besoin de quelqu’un je n’avais pas trop le droit de me déplacer.
Le jour des Championnats du monde, raconte-nous la journée : du réveil jusqu’à la finale.
Je me réveille à 7h le dimanche de la course, j’avais galéré à m’endormir la veille avec le stress, je me souviens j’avais pris mon petit déjeuner avec Joris, Sylvain et Arthur j’étais trop content, j’étais allé à la piste à vélo, j’arrive je m’échauffe, je fais mes warm up et puis la journée est passée super vite, tout s’est passé facilement si je peux dire ça comme ça, en quart et en demi je déroule mon tour comme je sais faire. Arrivé la finale je choisi 2ème et je prends la 1, et je me souviens que là je réalise un peu que c’est maintenant, je repense un peu aux derniers mois qui n’ont pas été simple, je prends une grande inspiration je me dis que ça va aller, je loupe un peu mon départ et dans la précipitation je mets 5 tours dans la butte ça m’envoi en arrière première bosse, et le danois passe devant. Là je me dis que je n’ai pas le choix de tenter l’intérieur et puis ça passe, je fais mon tour et je me souviens que la 3ème ligne était un champ de mines j’arrive qu’à faire des manual simple, l’espagnol qui m’accroche la roue dans le dernier virage. Je pense que c’était vraiment le pire tour de ma vie mais à la fois le meilleur car la sensation à la fin est indescriptible.

Tu passes maintenant dans une nouvelle catégorie (U23 / Elite) avec le maillot arc-en-ciel sur les épaules. Comment tu abordes ce changement ?
Avec la même envie, prendre du plaisir, gagner des courses et progresser.
Qu’est-ce qui se passe dans ta tête dans les 10 secondes avant que la grille tombe ?
Je souffle un bon coup, et je me motive en me disant que je suis le meilleur, je me concentre à rouler à 100% sans vouloir en faire trop.
Tu travailles le mental spécifiquement, ou c’est quelque chose d’instinctif chez toi ?
Je n’ai jamais travaillé le mental spécifiquement, ou avec un préparateur mental, ça a toujours était naturel chez moi
Tu as des rituels avant une course ? Musique, gestes précis, isolement ?
Oui j’écoute beaucoup de musique je regarde des vidéos de pilote de moto que j’aime bien ou de mes idoles, ça me met dans un bon mood.
Quels sont tes objectifs à court terme en U23 / Elite ?
Gagner les championnats du monde en U23 cette année et passer en élite en 2027. Je ne ferais qu’une seule année en u23, peu importe si je gagne cette année ou pas.




Les Jeux Olympiques 2028, c’est déjà dans un coin de ta tête ou bien c’est encore trop tôt ?
Oui c’est dans un coin de ma tête, c’est peut-être tôt et ambitieux mais j’ai envie d’y croire.
Et au-delà des résultats, quel type de rider veux-tu devenir ?
Je veux être quelqu’un qui révolutionne le sport, un modèle, essayer d’attirer du monde pour notre sport.
Qui sont les riders que tu admires le plus, et pourquoi ?
Mike Day, Izaac Kennedy ou encore Sam Willoughby pour leur style, Joris pour sa régularité, sa domination tout ce qu’il a accompli et Sylvain André car il a toujours le couteau entre les dents même à 35ans, son retour de blessure en 2024 pour finir 2ème à Paris c’était incroyable à voir.
Remerciements ?
Merci à mes parents, mes sponsors, tous ceux qui me soutiennent et qui donnent de leur temps ou de leur argent pour rendre tout cela possible. Et deuxièmement un peu comme Mathis a dit dans l’interview précédente, merci à toi Pablo et aussi Moana, de faire ceux que vous faites, donner de votre temps pour mettre à l’honneur le Bmx c’est énorme !
Merci Evan !
Pics : Kaptur Photographie & Navadanet












[…] Evan Oliviera (19 ans) : champion du monde juniors, profil explosif et ultra compétitif (Interview à retrouver ICI). […]